Il partira sans toi…

avion effleure

Assise avec une amie sur une terrasse de Lausanne, la ville où nous vivons, nous regardions quelques couples se balader le long des pavés. L’air était doux et les pâtes fumantes s’enroulaient paresseusement autour de nos fourchettes.

J’ai croqué une feuille de basilic et ça m’a fait penser à l’Italie, où ma famille passait deux semaines, tandis que je terminais mon stage :

Tu sais que je pourrais être au bord de la mer, en ce moment précis ? – j’ai dit.
– Tellement bien ! Pourquoi ?

Je lui ai expliqué que mes parents m’avaient proposé de les rejoindre en Toscane pour le week-end, eux, mes sœurs et les amis partis avec eux. Ils m’offraient le trajet et il y avait un lit de libre dans le bungalow. En trois mots : le plan parfait.

– Et tu as dit non ?!

Sa tranche de pizza alla rucola est restée quelques instants en suspens, quelque part entre son assiette et sa bouche. Je me suis soudain imaginée en bikini, dansant avec mes sœurs et nos amis sur « Sarà perchè ti amo » dans le soleil couchant. C’est vrai que j’étais une cruche : qu’est-ce qui m’avait pris de rester ici ?

Je me suis ressaisie :

– Oui, parce qu’on s’est rendu compte que c’était trop compliqué : en train, si je voulais être rentrée lundi, je devais passer par l’Autriche, tu vois la logique. J’en avais pour 14 heures de trajet rien que pour le retour.

– Et en avion, il n’y avait pas de vol ?

C’est là que ça s’est corsé.
J’ai dit, sans vouloir m’étendre parce qu’il faisait trop beau et que les pâtes étaient trop bonnes pour se lancer dans des considérations écologiques ce soir :

Si, si, mais l’avion, c’est l’avion, enfin, tu sais, j’évite. Comme l’impact de l’aviation sur le réchauffement climatique est énorme, puisque j’ai lu que, selon notamment la Fondation Nicolas Hulot, ça représentait en tout cas 3 % du réchauffement climatique global*, et que j’ai déjà pris l’avion une fois cette année, pour aller en Angleterre, je me suis dit que ce serait bien si je prenais plutôt le train quelques temps, tout ça…

C’était dit. J’ai bu une grande gorgée d’eau.

Jeeee vois. Mais tu sais, avec ou sans toi, l’avion partira quand-même.

Petite maligne.

Et moi qui m’attendais à voir tous les aéroports d’Europe se mettre en grève suite à la tragique annonce de mon week-end passé en ville plutôt qu’à la plage… Blocage immédiat du trafic international, circulez y’a rien à voir ! Enfin, non, ne circulez surtout pas : Céliane ne prend pas son vol pour Florence. « Mesdames et Messieurs, en raison de perturbations de cause écologique, tous les vols à destination du monde entier sont annulés. »

Bien sûr, je savais que l’avion partirait sans moi, tout comme je savais bien que je n’aurais sans doute pas provoqué un cataclysme en y embarquant. Mais était-ce une excuse ? Certainement pas.

J’ai répondu :

– C’est comme les cookies.
– Les cookies ? – Elle a levé un sourcil.

– Oui… Un cookie n’a jamais fait apparaître de bedaine à qui que ce soit. Mais une pyramide de cookies, si. Là, c’est pareil : si ne serait-ce que 180 personnes choisissent de rester manger des spaghettis entre copines dans la ville déserte, au lieu de filer à l’aéroport, ça fait un avion de moins qui s’envole et des centaines de litres de kérosène* en moins dans notre ciel d’été. D’ailleurs, en parlant d’été, ça te dirait de partir quelque part ensemble trois jours, en septembre ?
– Bien sûr… mais en train, alors !
– Parfait, et je t’offrirai un cookie pour le trajet.

* Résumé de l’mpact de l’aviation sur l’environnement

 

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