Jamani, photographier pour protéger

Jamani caillet slowlife

« Tu verras, je suis assez récent aussi dans ce mouvement. Il y a deux ans je ne me posais pas trop ces questions-là et c’est maintenant que je suis en plein dedans, que je remarque toutes les choses qu’on peut changer très facilement dans notre vie et qui ont des conséquences. » À peine assis, Jamani Caillet sourit et rassure. Il restera ainsi durant toute la rencontre : humble, engagé, à l’écoute et passionnant.

Après un master en génie civil à l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne), cet ingénieur de 31 ans été engagé par le service de communication de l’EPFL comme community manager (responsable des réseaux sociaux). Pas étonnant, lorsque l’on voit le succès et surtout la qualité de son compte Instagram. Sur celui-ci, suivi par plus de 1’600 personnes, ses photos splendides défilent comme autant de déclarations d’amour à la nature.

Si ne suis pas végétalienne, j’ai adoré cette rencontre durant laquelle Jamani a parlé de la difficulté de faire accepter son « coming out végane », souligné l’importance d’assumer ses opinions et raconté son activisme positif sur les réseaux sociaux.

Céliane

Pourquoi as-tu décidé de te rapprocher d’un mode de vie sans déchet ?

C’est facile de se dire : « En Suisse, tout est bien trié, tout est bien recyclé, mais au final, quand tu augmentes la demande pour des produits en plastique, ils finissent forcément quelque part : dans des décharges, dans les régions où on en exporte une partie. Et même ici, il y a plein de microparticules qui ont été détectées dans les lacs.

Et puis je me suis rendu compte que la plupart des problèmes qu’il y a et dont on se plaint, en fait on en est nous-mêmes responsables. On se plaint qu’il y a trop de pollution, mais c’est aussi nous qui la créons avec les voyages qu’on fait, avec les produits qu’on achète.

Tout le monde critique les compagnies pétrolières, Donald Trump, je ne sais pas qui ! (rire) Alors qu’en fait les gens qui consomment ce pétrole, ce sont des gens qui sont ici, qui roulent en voiture, qui prennent l’avion. Donc on peut faire beaucoup de choses individuellement, même si on se dit que ce n’est pas beaucoup. C’est comme quand on va voter, on se dit qu’une petite croix sur un truc ça ne va rien changer… mais au final, on voit ça a quand même un impact. C’est pareil à l’échelle mondiale.

Jamani caillet slowlife

Dans quelle mesure t’approches-tu du zéro déchet ?

C’est progressif. C’est début janvier que j’ai décidé que, là, ça y est, je faisais vraiment des efforts. J’ai commencé par faire mes produits de nettoyage moi-même. Vraiment, je vais étape par étape : j’ai commencé par la cuisine, ensuite la salle de bain et en faisant comme ça tu peux un peu « purger » ton appartement. Et ensuite j’ai découvert les magasins en vrac. Ça se développe bien, c’est cool. Et ça marche très bien !

Tu es végane depuis longtemps ?

Depuis un an environ, en juillet 2017. Ce n’est pas venu d’un coup. A la maison, ma mère cuisinait très peu de viande.

Et puis il y a deux ans, j’ai eu un déclic. C’était à la montagne en voyant dans un champ des bébés cochons qui jouaient : en rentrant d’une randonnée, on est passés devant un enclôt et puis ces bébés cochons ont couru vers nous pour nous dire bonjour, comme des chiens seraient venus nous dire bonjour. Pour venir chercher des caresses et tout. Je les caressais, je prenais des photos, je m’amusais avec eux et deux heures plus tôt j’avais mangé un sandwich au jambon.

Et tout d’un coup, je me suis dit « Je ne peux plus.». J’ai vraiment fait le lien entre le produit que je mangeais et l’animal et j’ai vu que ce n’était plus juste, à mon sens, d’utiliser un animal juste pour de la nourriture.

Après cela j’ai été végétarien pendant une année et il y a un an, je suis tombé à plusieurs reprises sur des vidéos qui m’ont montré que les véganes formaient une communauté de gens tout à fait normaux. De voir que c’était des gens comme toi et moi m’a donné envie d’en savoir plus. En cherchant plus loin, j’ai appris que tout ce qui se passait avec les produits que tu manges toujours quand tu es végétarien, les produits laitiers par exemple, c’était la même chose que si tu mangeais de la viande, que les animaux finissaient par subir le même sort.Jamani caillet slowlife

Et pourquoi de plus en plus de personnes deviennent véganes, selon toi ?

Je dirais qu’il y a trois portes d’entrées pour le véganisme : la dimension d’éthique animale, le côté environnemental, puisqu’on réduit drastiquement nos consommations d’eau et d’énergie en étant végane, et l’aspect des bénéfices pour la santé, la digestion. Et si tu rentres par une, les trois s’ouvrent.

Souvent, ces choses sont peu connues, mais l’information est partout. En 2018, on a tellement de ressources sur internet, sur le site de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé); on peut trouver facilement des informations qui sont rigoureuses, vérifiées.

Les propositions de recettes véganes sur internet sont d’une richesse infinie, on peut tous regarder des recettes et essayer de les faire. C’est tellement facile, on ne doit pas aller chercher des herbes spéciales au sommet de l’Himalaya…

Comment réagissent les gens autour de toi, par rapport à ton véganisme ?

Étonnamment, ce sont les gens les plus distants qui réagissent le mieux. Enfin, pas pour tout, puisque ma mère est devenue végane en même temps que moi. Mais au niveau des amis proches… Tu connais les trois phases : le ridicule, l’opposition, et puis l’acceptation. Là je suis arrivé à peu près à la fin avec tout le monde, mais c’est vrai qu’au début, les gens vont se moquer de toi. Ils vont te dire « Ah, mais t’as encore vu une vidéo, t’es sensible… » et tout ça. Alors que c’est bien plus que ça, ce n’est pas parce que t’es fan des agneaux ou des poulets !

Tu t’es beaucoup renseigné ?

Oui, j’ai pas mal lu des textes concernant les carences, la culture du soja, etc. Quand tu es bien renseigné, ça te permet aussi de mieux argumenter, de mieux défendre tes positions et d’être plus sûr de toi.

Et en fait, maintenant je suis beaucoup plus sûr de moi dans tout ce que je fais, même si ce sont des choses qui vont à contre-courant. Avant, j’avais plus tendance à suivre les autres. Par exemple, à l’époque je n’aurais jamais osé refuser une bière à une fête.

Ça ouvre aussi pas mal les yeux sur d’autres causes égalitaires, comme le féminisme par exemple, auquel je suis beaucoup plus sensible maintenant qu’à l’époque. Je trouve que c’est une sorte d’humilité de se rendre compte qu’on pense qu’on fait tout bien, mais qu’au fond, on n’y est pas du tout pour pas mal de choses. C’est un long travail de vraiment s’émanciper d’un mode de pensée dans lequel on a grandi.

Jamani caillet slowlife

Tes photos de paysages, c’est avant tout esthétique, ou c’est une manière de t’engager ?

C’est clairement lié, puisque c’est ce que j’aime le plus, visuellement, ces paysages-là… et que le meilleur moyens de protéger ces endroits, c’est en faisant attention à comment on vit. Parce que la seule espèce qui dégrade ces environnements, c’est nous, ce n’est personne d’autre.

Sur Instagram, une communauté s’est créée autour de tes photos. Comment partages-tu tes valeurs avec elle ?

Je publie surtout des photos de paysage. Et petit à petit, j’ai introduit des photos d’animaux dans la nature et des choses que je fais à manger, via les stories. Les stories sont plus éphémères et permettent d’avoir plus de diversité. Pour montrer un peu que je ne suis pas en train de manger du quinoa et des salades tout le temps. Il y plein de gens qui me disent que ça a l’air trop bon, qui me demandent ce que c’est comme plat, et pour moi, c’est aussi de l’activisme.

Je pense que l’influence est plus forte chez des gens qui ne te connaissent pas que chez des gens qui te connaissent depuis longtemps et qui ont l’habitude de t’avoir vu manger de la viande et qui tout d’un coup voient un changement.

Sur Instagram, j’ai déjà cinq ou six personnes qui m’ont déjà écrit pour me dire « Ah c’est trop cool, grâce à tes recettes et tes photos, je suis devenu végétarien, ou même véganes, pour certains. ». Donc déjà on peut avoir une influence grâce aux réseaux sociaux, parce que c’est des gens que je ne connais pas du tout, c’est juste des gens qui me suivent sur Instagram !

Jamani sur Instagram

Bel été à tous !

CélianeCéliane De Luca

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